Monk.E :  L’éphémérité, le temps d’une soirée

Dans une industrie où les release party sont souvent privées, élitistes, Monk.E, lui, fait l’inverse, il partage et invite son public. Ce 21 Octobre, jour de la sortie de son album L’éphémérité, il a accueilli sa communautée au Red Room, afin de partager un moment. Un retour aux bases en quelque sorte. La cinquantaine d’auditeurs réunis était simplement là pour écouter un projet et son histoire. Une release party intime, presque spirituelle, à l’image de l’artiste.

À mon arrivée, l’album est déjà commencé. La salle du bar souterrain est équipée de cinq enceintes massives PK Sounds, d’où la lumière violette et les néons rouges viennent éclairer le producteur/beatmaker du projet: MOTUS, qui s’ambiance sur ses prods au rythme du public. Ni sécurité, ni barrières, la scène se mêle littéralement à l’audience. Cette proximité se ressent chez les auditeurs qui écoute attentivement les tracks de l’album et les anecdotes sur ces dernières, racontées par l’artiste. Une ambiance intimiste s’installe dès lors que Monk.E parle de son art et sa personne mais laisse place à une énergie contagieuse lorsque MOTUS lance les sons.

J’entre dans la pièce et Game Time vient d’être lancée. Troisième titre du projet et surtout premier feat de l’album avec l’international genevois, Di-Meh. Une prod planante avec un synthé sorti tout droit des années 2000 résonne, accompagnée du long couplet de Di-Meh, une marque de respect envers les artistes québécois. Après une dédicace au talent et aux goûts de MOTUS, Monk.E annonce que ce n’est pas son seul featuring suisse. Slim K, une autre tête d’affiche genevoise, rencontrée grâce au rappeur et producteur (encore) genevois Rox (membre du groupe Le D.U.O), est aussi présent sur l’album. Leur alchimie sur Mouton Noir est assez particulière. Slim K nous subjugue grâce à une prestance vocale forte mais calme. Le refrain, qui ne m’a pas convaincu à la première écoute, est malgré tout accrocheur et mis en avant par la profondeur du beat. Une caractéristique commune avec la collaboration suivante, Swift Guad, rappeur de Montreuil proche de la Scred Connexion, sur un beat doux voire sensuel, à l’instar du titre Filles de joie, terme utilisé au Québéc pour les travailleuses du sexe. Cette dimension internationale se confirme au fil des morceaux, avec une série de collaborations encore venues de Genève (El Carnalito, M.A.M, Rox), de Paris avec STI, de Montréal (Berlam, Pogojunt) et même de Montélimar avec le battle-rappeur 2taf, pour ne citer qu’eux. En somme un roster complet qui est très bien séquencé dans l’album. 

Monk.E nous dévoile au cours de l’événement l’âme du projet. Bien plus introspectif que les précédents, il aborde la vulnérabilité, la spiritualité et l’amour. La chanson Les couilles sur la table s’inscrit dans ce dernier thème, malgré un titre plus que cru. En introduisant le morceau, on comprend qu’il porte sur l’histoire avec son ex-femme qu’il n’avait jamais abordé en musique jusque là. La profondeur de l’histoire d’amour qu’il décrit et transmet dans son texte est impactante et m’a touché malgré nôtre différence d’âge. Il prononce alors un discours sur l’amour et la difficulté d’aimer à notre époque, saluant ceux qui réussissent encore à bâtir et préserver un couple dans ce climat instable. Son intention est claire : s’exprimer sans filtre, de manière brute exposant son spleen et ses doutes, à son public. Dans cette sincérité, une pensée s’impose naturellement à lui : Dali. Jeune fan, présent depuis ses débuts, et disparu il y a un an jour pour jour, à qui Monk.E tient à rendre hommage.. Il demande alors 33 secondes de silence, un chiffre symbolique dans plusieurs traditions spirituelles et religieuses. Un silence respectueux et profond s’installe chargé d’une grande émotion, alors que Monk E introduit le père de Dali à la salle, qui nous partage courageusement quelques mots sur son fils. Un moment brut et authentique qui représente bien la relation entre Monk.E et son public.


Au fil de la soirée, Monk.E reste fidèle à lui-même, proposant une expérience humaine où la musique reprenait toute sa grandeur. On ne connait pas donc on écoute et on ressent, un moment rare dans une industrie qui consomme vite et qui passe à autre chose encore plus vite.

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