Quand les étudiants s’organisent pour la culture

Depuis plusieurs années, les différentes radios universitaires de Montréal, comme le CISM, CHOQ ou encore CKUT, s’organisent pour aider à partager la culture musicale underground et à augmenter la représentation des diversités dans l’industrie, grâce à l’aide de la communauté étudiante de la ville. 

C’est en 1985 que la première radio étudiante de la ville, la CKUT diffuse sa première émission sur les ondes FM. Les autres la suivent dans la foulée et aujourd’hui, ces radios représentent une importante audience dans les auditeurs de radios. Dans leurs volontés et leurs mandats, ces radios s’organisent pour montrer des côtés de la culture et de la scène musicale peut représenté dans les radios mainstreams. Certaines décident de couvrir plus profondément la scène locale, d’autres de consacrer des émissions entières à des styles ou des métiers d’artistes peu abordés, d’autres encore font les deux. Chaque radio possède néanmoins son propre style et sa touche personnelle. 

Estelle Grignon, directrice musicale de la radio CHOQ, radio créée par la communauté de l’UQAM, a conscience des différents enjeux vécus par les artistes. Elle a mis en place deux Palmarès d’album, pour favoriser premièrement la scène émergente locale, et deuxièmement la scène émergente internationale. Et pour s’inscrire dans le mandat de la radio qui “se place comme la voix de la communauté étudiante et alternative montréalaise, et tente d’offrir une visibilité à l’actualité inusitée, aux talents locaux et à la culture indépendante, trop souvent délaissé par les autres diffuseurs”, Estelle cherche et fouille dans les différents albums et chansons afin de dénicher les pépites québécoises et montréalaises qui rentreront dans son Palmarès locale. Et ce, peu importe la langue parlée, l’origine, la couleur de peau ou le genre. “On a pas la même définition que Legault du québécois, si tu résides ou tu es nés à Montréal ou au Québec, moi je regarde pas la citoyenneté, tu restes local”. 

La directrice musicale de la radio CHOQ essaie aussi de représenter toute la diversité de l’industrie musicale dans ses palmarès et cherchent donc à mettre en avant des artistes féminines, ou de couleur de peau, souvent moins mis en avant dans les radios traditionnelles qui privilégient les artistes hommese et blancs. Et ce coup de pouce qu’elle donne aux artistes qu’elle diffuse sur sa radio est parfois vraiment apprécié par ceux-là. “Il y a des artistes qui sont revenus un peu te voir après pour te dire “Ah merci ça m’a donné un petit coup de boost”” nous dit-elle. Il leur permet parfois d’accéder à certains festivals qui demandent à ce que l’artiste ait déjà été diffusé sur une chaîne de radio publique ou que sa musique ait rayonné au niveau national. 

Mais tout ça ne serait pas possible sans l’aide de la communauté étudiante, qui s’implique pour faire vivre ces radios. Bien que le travail soit bénévole, nombre d’entre eux veulent s’impliquer et proposer des émissions. “L’immense majorité de nos bénévoles sont des étudiants à l’UQAM” nous dit Estelle Grignon pour ajouter qu’à CHOQ, ils offrent aussi la formation sur le fonctionnement du côté technique de la radio. La directrice nous raconte aussi qu’ils reçoivent souvent des demandes d’émissions mais qu’ils essaient d’accepter celles qui se démarquent de ce qui peut être proposé dans les autres radios de Montréal. C’est le cas de Chudy et de l’émission qu’elle propose, Opus. 

Opus est une émission uniquement consacrée à la découverte des producteurs et beatmakers. Ces métiers sont souvent peu représentés dans les radios traditionnelles, ou souvent mis dans l’ombre car éclipsés par la figure de l’artiste. Mais Chudy a décidé que parler de ces artistes là allait être sa mission à travers son émission de 45 minutes. “Mon but, c’est vraiment de sensibiliser les gens à rechercher les productions.” Une idée qu’elle a eu au détour d’une conversation en soirée. “j’ai dit en premier que j’étais animatrice radio. Puis il m’a dit : « OK, donne-moi ton Instagram. » Ça a comme allumé une lumière et je me suis dit OK ! Les artistes émergents sont intéressés à venir parler d’eux à la radio.” nous dit-elle. Et son émission qui à commencé il y a presque un an est déjà bien installée dans l’industrie. Chudy reçoit les communiqués de presse des producteurs et est de plus en plus invité dans des évènements comme le Beat Kits Beat Battle, un battle de producteurs et beatmakers. “Ça montre qu’on avait vraiment besoin d’une émission comme ça.” ajoute-elle. 

Les émissions comme Opus permettent de diversifier le contenu radio sur la culture musicale et se démarque des médias traditionnels. Et des émissions pareil, il en existe un grand nombre dans les radios universitaires. C’est la façon pour la communauté étudiante d’apporter leur pierre à l’édifice du partage de la culture, tout en élargissant ses champs grâce à leur singularité.

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