
En cette année de 2025, nous expérimentons sans réellement le savoir des événements musicaux historiques. Devancé par le retour du groupe mythique Oasis, l’emblématique RADIOHEAD fait également son retour sur scène, après 7 ans d’absence. Connaissant la réticence du groupe envers les performances live, principalement dû à ses exigences concernant leur propositions publiques, certains fans n’en croyaient pas leurs yeux. Il faut avouer que ça paraissait plutôt inespéré, notamment après de nombreuses rumeurs concernant un potentiel retour. Finalement, cet événement se produit réellement et a déjà été entamé à leur où vous lisez cette phrase. Comme j’ai eu la chance d’y assister, je vais me contenter de simplement raconter mon ressenti. On est le 8 novembre, à Madrid, seule en gradin, à défaut de ne pas avoir eu un billet en fosse, je m’assois sur ce siège et patiente. Je regarde la Movistar Arena madrilène se remplir, sans réaliser ce que j’allais réellement vivre. Puis l’heure arriva. Pas de retards, 5 légendes faisant leur apparition sur cette scène circulaire, centrée dans la pièce. Le groupe ne prend le temps de “faire le show”, ils s’installent, jouent, et s’expriment face à un public attentif. Je fus tout de suite marquée par le nombre d’instruments sur scène. Hormis les classiques, j’y vois un tambourin, deux set de batterie, deux pianos, 3 ou 4 autres claviers, et d’étranges instruments au sol remplis de boutons, où Ed O’brien, assis en tailleur, y a reproduit “Everything In Its Right Place”. La qualité visuelle, sonore qui m’a tant émerveillée, m’a forcé à rester un certain moment assise à la fin de l’événement, pour contempler ce que je venais de vivre: l’accomplissement d’un de mes plus grands rêves. Ces 2h30 d’intensité m’ont alors poussé à écrire, créant alors une parfaite occasion de revenir sur la carrière du groupe symbolique, tout en espérant faire honneur à leur génie, faire honneur aux plus influents des trois dernières décennies.
On pourrait croire que leur premier album Pablo Honey et son morceau phare “Creep” est le plus gros succès du groupe, mais ce n’est qu’une question de statistiques à mon sens, ne reflétant en rien le talent du groupe. En effet, au cours de leurs débuts, RADIOHEAD a surtout cherché à se débarrasser de l’étiquette de “weirdos” collée à leur front, faisant passé “Creep” d’un énorme tube, à un énorme boulet. De plus, être associé à un hit et reproduire en continue “ce qui marche” n’est pas du style de RADIOHEAD. Le chanteur Thom Yorke le dit lui même: Un groupe de rock c’est comme du vélo, il faut avancer pour ne pas tomber. Cette phrase explique implicitement les ambitions du groupe: une envie d’expérimenter, d’évoluer, de ne jamais proposer plusieurs fois la même chose. Le guitariste Ed O’brien s’est également exprimé sur le sujet, affirmant que leur tolérance à l’ennui est proche de zéro. Un constant mouvement qui a d’ailleurs ses risques, notamment à la sortie de l’album Kid A, jugé trop expérimentale par certains fans, provoquant même de l’effroi. Cependant les idéologies du groupe sont très attirantes. Dans ce projet marqué par l’arrivée de la technologie, ils cherchaient surtout à bidouiller ce qui les entouraient, et laisser place à leur créativité. Ces expérimentations ont peut-être déçu une partie des auditeurs, mais en a sans aucun doute attiré de nouveau, remarquable. Voilà pourquoi ce groupe reste difficilement classable en termes de genre de musique.


C’est vrai que lorsqu’on me demande – Mais c’est quoi comme style de musique RADIOHEAD ? – j’ai tendance à me dire que cette question mérite une réponse plus élaborée qu’un simple “groupe de rock”. Cette réponse n’illustrerait qu’une infime partie de ce que représente le groupe. Certes, on retrouve dans les premiers projets des sonorités grunge, avec de grosses guitares, de fortes batteries, et un incalculable nombre de balades, mais il ne faut pas délaisser tout le reste. J’ai déjà mentionné Kid A et sa soif de découvrir, d’ailleurs suivi de Amnesiac, là où le groupe poursuit son aventure électronique, mais on peut aussi mentionner The King Of Limbs, où malgré son obscurité, rayonne une volonté d’arrêter de chercher la perfection. Leurs compositions parlent un langage inattendu, entre démangeaisons expérimentales, appels à la transe, et voix d’exception, il y en a pour tous les goûts. En parlant de voix, je tiens à souligner la manière si particulière dont Thom Yorke chante pour son époque, notamment dans des morceaux comme “Nude” ou “You And Whose Army”. J’ai parfois l’impression que c’est un cri, un doux cri, ou un cri regorgeant d’émotions, un appel. Cette façon de faire, il l’a tient particulièrement de Jeff Buckley, tragiquement décédé en 1997. Thom aurait avoué que le groupe n’arrivant pas à finir le titre “Fake Plastic Trees”, se serait rendu à un concert de Jeff, où Thom serait resté stupéfait de sa manière de chanter. Après le concert, le groupe est alors retourné au studio et a enregistré une nouvelle version acoustique du morceau. Réalisé en seulement 3 essais, là où Thom fond en larmes, tandis que sa voix grimpe en falsetto: une expérience que lui-même ne saurait expliquer. Plus tard, Thom confie que Jeff Buckley lui a donné la confiance de s’exprimer si librement en criant, chantant, lui permettant d’être plus vulnérable dans sa manière de faire, une inspiration clé dans la version finale du morceau. Cette confiance, je la ressentais profondément lors du concert, parfaitement mélangé avec une certaine pudeur de s’exposer aussi ouvertement devant 14 000 personnes.
Finalement, au-delà de l’euphorie d’écouter son groupe préféré de ses propres oreilles, l’émotion que j’ai ressentie était bien plus profonde. Un mélange de mélancolie, d’excitation, de pouvoir et de palpitations au cœur se crée en moi, et je ne contrôle plus rien. Mon corps est totalement livré à la musique, là où mes larmes et mes sourires ne m’appartiennent plus.

