Sampler c’est prélever une partie de l’audio d’une autre source – souvent un morceau existant – et la retravailler pour créer une nouvelle piste. Cependant, aujourd’hui, un sample peut aussi prendre d’autres formes, comme l’extrait sonore d’un jeu vidéo ou les sonorités d’un film. Le principe du sample commence en France avec Pierre Schaeffer et Pierre Henry qui créent Musique Concrète dans les années 40. Mais pour le hip-hop, le concept du sample est apparu avec le mouvement dans les années 1970 aux États-Unis.
Au sein du rap, il faut remonter à la toute première block party organisée par Clive Campbell, aka DJ Kool Herc, qui introduit au monde sa technique de Merry-Go-Round, où il boucle le drum break du début dans la chanson Apache par Incredible Bongo Band. Malheureusement, à l’époque, le sampling était perçu par les majors comme du vol. Alors que pour les producteurs rap de l’époque, souvent fauchés, le sampling était un moyen rapide et pas cher de créer des beats. C’était également une forme d’expression culturelle, lorsque ceux-ci samplaient souvent la musique de leur propre héritage culturel et de leur passé. On retrouvait donc des DJs tels que Afrika Bambaataa ou même Grandmaster Flash, qui isolaient des breaks instrumentaux de jazz, soul ou même disco et les bouclaient pour créer une nouvelle instru. Cette pratique a mené aux prémices de nouveaux sous-genres du rap tels que Jazz Rap ou la Neo Soul. Grâce notamment au tube Rapper’s Delight (1979) du Sugarhill Gang, premier hit de rap à entrer dans le Billboard Top 40, le sample devient un élément incontournable de la culture hip-hop.


En effet, dans les années 1980 il fait son entrée dans les studios aux côtés du rap lorsque les grandes maisons de disques commencent à investir dans le genre. Ce fameux tube a notamment samplé la chanson Good Times de Chic. Des artistes comme N.W.A, les Beastie Boys et même Public Enemy samplaient régulièrement d’autres artistes, ces derniers incorporant même des discours politiques et des sons d’émissions télévisées dans leurs morceaux. Leur exemple le plus connu serait sur Fight the Power (1989), lorsque le morceau commence sur un sample vocal de l’avocat et militant des droits civiques Thomas « TNT » Todd. Dans les années 1990, le sample se répand de plus en plus : de grands artistes samplent des vieux sons de genres musicaux variés, puis se font sampler à leur tour. Par exemple, le son Mahogany sorti en 1990 par Eric B. & Rakim a samplé I’m Glad You’re Mine de Al Green (1972) et fut samplé dans le classique N.Y. State of Mind de Nas (1994) et dans la partie deux du morceau en 1999. Mais ce sont vraiment deux producteurs qui marquèrent cette décennie ainsi que le début des années 2000. Le premier jalon fut l’album Endtroducing… de DJ Shadow, paru en 1996. La particularité de cet album est qu’il est le premier à avoir été composé entièrement grâce à l’utilisation de samples extraits de vinyles. Produit uniquement grâce à un sampler Akai MPC60, sur une période de deux ans, l’album est aujourd’hui reconnu comme un tournant dans le hip-hop instrumental. Le second est Jay Dee, plus connu sous le nom de J Dilla. Au-delà de ses collaborations avec Q-Tip, MF DOOM, Common ou même A Tribe Called Quest, c’est son album Donuts sorti trois jours avant sa mort en 2006, qui marqua particulièrement le mouvement.
Après des années d’utilisations presque abusives, le sample prit un regain durant les années 2010. En effet, suite à une mise à l’écart engrainé par une attirance vers les instruments lives, ainsi qu’à de nombreux procès liés aux droits d’auteur, le sample reprit de son souffle, avec des artistes tels que Timbaland, Swizz Beatz, Kendrick Lamar, mais surtout Kanye West. L’ancien beatmaker de Jay Z a toujours plaidé en faveur des samples, un aspect qui se reflète bien dans sa discographie. Pour le plaisir, quelques exemples de chefs d’œuvre signés Ye utilisant des samples : Devil in a New Dress, qui sample Will You Love Me Tomorrow de Smokey Robinson, Mercy, samplant Dust a Sound Boy de Super Beagle, ou encore Father Stretch my Hands Pt. 1 qui sample Father I Stretch My Hands de Pastor T.L. Barrett. Cependant, comparé à l’époque où le sample était plus une nécessité pour créer des beats, aujourd’hui, c’est un choix créatif fait par l’artiste, apportant une certaine esthétique à son projet. Grâce notamment au numérique qui offre un accès simple à l’utilisation de sample, à moindre coût. Malheureusement, les procès et problèmes judiciaires liés aux droits d’auteur et aux samples non déclarés restent d’actualité. Un exemple bien connu est le titre Lucid Dreams de Juice WRLD qui était au centre de plusieurs procès, dû à des accusations de plagiat. Pour autant, le sampling était présent dans presque 1 sur 5 hits présents dans le Billboard Hot 100 en 2022, un chiffre en hausse depuis plusieurs années. De plus, le sample est devenu une pratique commune dans tous les genres musicaux, rock, pop, électro, musique latine…

Le sampling, né dans les block parties du Bronx, a évolué d’une nécessité économique à un véritable art au cœur du rap US. De DJ Kool Herc à Kanye West, il a marqué chaque époque en réinventant les classiques et en enrichissant le genre. Malgré certains défis liés aux droits d’auteur, il reste un outil essentiel, mêlant hommage au passé et création. Rendu plus accessible grâce au numérique, le sampling continue de façonner la musique moderne, garantissant donc son rôle central dans l’héritage du rap.
